DIPLÔME ENSP

Exhibition, Portfolio, Reportage
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Description

Mon travail et la manière dont je l’envisage s’apparentent à une forme de recherche, en effet mes différents questionnements s’articulent autour de thèmes, notamment l’Homme, son lieu de vie, son quotidien ou encore son rapport au temps. Mes sujets s’incarnent dans des enquêtes photographiques relativement longues, qui s’imposent ou non à moi, mais qui restent de l’ordre du sensible, je tente d’y aborder certaines épreuves telles que le deuil, l’absence, la maladie ou encore l’enfermement. Mon terrain d’enquête est assez vaste, je nourris mes recherches par différentes lectures ou certains travaux d’artistes.

Le premier sujet que j’aborde est autour de la question du deuil et de la disparition, en effet je me suis demandée que laisse-t-on après notre décès ?
Suite à la perte de deux membres de ma famille, j’ai souhaité rendre compte de cette épreuve, et être témoin de leurs traces.
Mon premier travail a été de prendre en photo leur lieu de vie tel quel avant tout changement, j’ai donc tenté de retranscrire ces ambiances vides mais encore habitées. Mon second travail a été de récolter des archives multiples, dans cette installation je mets en regard différents documents notamment administratifs ou personnels avec différentes correspondances. je me suis retrouvée avec beaucoup de matière et j’ai donc fait une sélection afin de tenter de rendre cohérentes ces archives. La troisième partie de mon travail est autour de la notion de parole rapportée, j’ai accumulé des textes autour de la question du deuil, ainsi que des souvenirs racontés liés à ma famille et à son histoire. Enfin la dernière partie de ce travail est la mise en commun de ces différentes formes afin de créer cette installation. Ce travail autour de ma famille et de son histoire n’est pas nouveau, cela fait plusieurs années que je tente de la  reconstituer avec différents fragments / afin de comprendre mes différentes origines. Dans cette installation, je tente de mettre aux murs différents fragments de vies, de résidus de souvenirs de lieux de vies, de passage. Mais aussi la question de passation avec notamment des testaments. Cette enquête me permet aussi de témoigner de ces différents moments de vies et de traduire de manière résiduelle une période / une époque. Mais également de montrer ce qui est lié à la notion d’intime, les correspondances, les photographies de famille sont des choses qui restent généralement dans un cercle clos, je décontextualise ces objets pour créer une forme nouvelle de présentation de ces médiums.

Ce geste est d’abord avec une intention liée à la mémoire,  ma volonté était donc de continuer à faire «exister » ces objets à travers cette installation un peu comme un travail de mémoire. Et de témoigner vraiment sur cette empreinte / trace de ce qu’on laisse.

Mes photographies et ce projet en général sont donc liés à ces questions autour de l’Homme ,de son lieu de vie mais aussi de son quotidien, et de son rapport au temps. Suite à la construction de cette installation ou je tentais aussi de jouer la notion d’accumulation, j’ai voulu créer un objet / une édition où je donne une lecture plus personnelle , cette forme donne une lecture différente, et l’objet de l’édition permet de pouvoir peut-être mieux appréhender certains documents riches en informations.

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Mon second travail a été réalisé en parallèle avec l’écriture de mon mémoire, mes interrogations tournaient autour de la notion d’enfermement, sa perception et sa représentation. D’une part j’ai questionné la notion de corps avec certaines maladies / handicaps que ce soit physiques ou mentaux,  je tentais d’appréhender le rapport au corps et la question de l’enfermement. D’autre part je questionne la question du lieu comme lieu de passage ou de vie dans une structure sociale que ce soit un choix ou non, je tente de comprendre comment est perçue la vie dans ces lieux et comment la question de l’enfermement peut-être traduite.

En parallèle de l’écriture du mémoire j’ai monté un atelier d’écriture et de photographie dans une maison de retraite / maison médicalisée. J’avais donc un groupe de 6 résidents ayant la maladie d’Alzheimer et parfois d’autres troubles mentaux. Cette expérience était avant tout humaine, mon projet était d’une part une forme d’échange et de création autour de leur quotidien, écrire et photographier leur environnement mais surtout travailler autour de la notion de souvenir. En effet la maladie d’Alzheimer est neuro-dégénérative, aucun traitement n’a encore été trouvé pour guérir de cette pathologie, les seuls moyens de ralentir la maladie sont les exercices mentaux, plus un patient exerce sa mémoire plus les effets de la maladie sont amoindris. Cet atelier était donc un moyen artistique pour se rappeler et inscrire plastiquement certains de leurs souvenirs. Les résidents les plus atteints ne peuvent sortir de la structure et les visites et différentes activités leur permettent un lien avec l’extérieur. J’ai suivi ces patients pendant presque deux mois plusieurs fois par semaine, ce qui m’a permis de comprendre et mieux appréhender le quotidien en structure sociale. L’enfermement n’est pas perçu de la même manière par chacun des résidents cependant ils admettent tous que les activités et les visites extérieures atténuent ce ressenti. J’ai donc tenté de traduire plastiquement et de manière fragmentée des formes de portraits. En échangeant avec eux j’ai compris que la notion de détail était très importante, en effet pour se rappeler un souvenir complet il y a souvent un détail qui permet de reconstituer un moment dans son intégralité. De ce fait, j’ai voulu appuyer cette notion pour eux essentielle en travaillant sur certains détails de corps ou de lieux. Ces extraits sont donc des formes de souvenir minimal.

Les textes sont extraits de leurs écrits. Des fragments de pensées liées au quotidien et à la vie en structure sociale.
Cette série s’est donc construite en deux parties, la première a été de créer une forme de portraits des résidents avec leurs paroles et dans la seconde, suite à ces échanges, j’ai voulu faire une série sur mes détails qui pourraient me permettre de me souvenir d’un lieu, d’un événement j’ai donc construit cette série autour de la notion d’extraits, de fragments.

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Le dernier projet de ce diplôme s’est construit à la suite du mémoire, en effet j’ai continué à m’intéresser à ces mêmes notions autour de l’Homme, de son lieu de vie, son rapport au temps et son quotidien. L’enfermement reste présent dans mes recherches mais différemment je me suis intéressée plus à l’aspect géographique. J’ai donc suivi un frère et une soeur qui habitent dans un village de montagne, ce village fait l’équivalent d’une rue en superficie. Ils sont nés, ont grandi et évolué dans leur maison et ses alentours et ne quittent ce lieu que lors de rendez-vous médicaux, leur vie et leur quotidien se déroulent donc dans cette maison, et leur ferme.

J’ai donc tenté de capter les paysages , les objets, qui construisent leur quotidien. au fur et à mesure de mes visites j’ai tenté de faire des formes de portraits d’eux et que leur microcosme. Leur rapport au temps est particulier il est rythmé par des visites de personnes qui viennent les aider. Zélie est paralysée et quitte rarement son fauteuil, quant à Louis, il a développé différents troubles de la personnalité et doit être aidé au quotidien pour différentes tâches.

Leur habitat n’a que très peu changé, j’ai donc voulu capter ce temps particulier propre à eux qui fait de ce lieu le leur.
J’ai également réalisé une piste sonore https://www.youtube.com/watch?v=yg7qD82BLjI&t=4s qui rassemble différents fragments de conversations et qui traduit un peu de leur vie. Je connaissais ces personnes avant de commencer ce projet, nos échanges étaient plus liés à l’entraide. J’ai donc échangé avec eux autour de l’image et de la représentation de soi, ils n’avaient que très peu de photos d’eux, et de l’univers qui les entoure, ma démarche était aussi de capter ces moments et de leur transmettre, afin qu’ils aient une forme de trace de leur vie dans cette maison. J’ai construit ce projet de manière plus documentaire, en tentant de prendre certains éléments du quotidien.

Dans l’ensemble de mes projets j’envisage donc mon travail comme une recherche permanente ou je mêle différents médiums à mes photographies, notamment archives, documents, écrits, ou sons. Je tente de produire des formes où mémoire et expérience s’incarnent de manière sensible et plastique.

Prise de vue // Mathilde Vieille-Grisard et Nicolas Cantin